Fessenheim : les limites d'un risque potentiel

L'anomalie liée aux filtres concerne les systèmes de refroidissement des réacteurs.( Photo d'archives )

Une anomalie a été détectée dans la centrale nucléaire de production d'électricité de Fessenheim. Elle est classée au niveau 2, sur les 7 échelons que compte l'échelle de gravité des incidents nucléaires.

« C'est la preuve que le refroidissement de tous les réacteurs nucléaires français est potentiellement défaillant », s'indigne le réseau Sortir du nucléaire. « Il s'agit d'une anomalie de conception, qui ne touche pas le fonctionnement de l'installation », tempère Joseph Sanchez, le directeur de la centrale. Quoiqu'il en soit, le risque est là, confirmé par la DRIRE (Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement) de Strasbourg. EDF reconnaît par ailleurs qu'il « pourrait avoir de graves conséquences en cas d'accident ». Ce risque, qui concerne l'éventualité d'un colmatage des filtres des puisards situés au fond du bâtiment du réacteur, avait été décelé une première fois par les inspecteurs de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), à la suite de la découverte d'une erreur de conception sur les réseaux de la centrale du Bugey, du même type que celle de Fessenheim.

Des modifications nécessaires

Mise en service en 1977, « la centrale de Fessenheim est la plus vieille dans son genre en France, les filtres qui s'y trouvent sont sûrement plus gros qu'ailleurs », remarque Pierre Schmitt, vice-président du Conseil général du Haut-Rhin et président de la Commission locale de surveillance (CLS). Si le danger se limite pour l'instant à l'erreur de conception, un incident survenu sur le terrain dans la centrale nucléaire de Barsebäck en Suède, en 1992, laisse planer le doute. Guère convaincue par les arguments d'EDF, l'IRSN a d'ailleurs engagé son propre programme de recherches. Un programme dont la synthèse a été présentée au Groupe permanent pour les réacteurs nucléaires, et dont la consultation a récemment poussé l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) à relancer EDF, afin que l'entreprise réexamine la question avant la fin de l'année 2003.
Estimant que les accidents non couverts par les dispositions existantes sont de faible probabilité, EDF a toutefois jugé que des modifications matérielles étaient nécessaires. « Elles sont en cours d'étude, annonce M. Sanchez, et elles seront présentées à l'ASN avant la fin du mois d'avril 2004 pour une mise en oeuvre en 2005 ».

Risque sismique

La même année devrait aboutir une étude sismologique, actuellement menée par l'Institut de géophysique du globe (Strasbourg). « Lors d'une réunion de la Commission locale de surveillance au printemps dernier il y avait un différend entre EDF et l'ASN, commente Jean-Paul Lacote, membre de la Commission. Selon l'ASN, la centrale devrait investir 200 millions d'euros par réacteur pour augmenter le niveau de sécurité ». Une suggestion d'autant moins anodine que l'anomalie liée aux filtres concerne directement les systèmes de refroidissement des réacteurs.
L'ASN a d'ores et déjà révisé la règle fondamentale de sûreté en fonction du progrès des connaissances en sismologie et en géologie. La nouvelle règle, dite RFS 2001-01, est dorénavant prise en compte par EDF, qui a fait part des niveaux de séisme à considérer sur chaque site. Mais les résultats présentés diffèrent sensiblement de ceux de l'Institut de recherche et de sûreté nucléaire, qui a effectué sa propre évaluation. L'autorité de contrôle indique dans une note d'information : « Si le fait de retenir le séisme historiquement observé d'intensité la plus forte pour apprécier le dimensionnement d'une installation est conforme à la nouvelle RFS, certains séismes d'intensité plus faible peuvent néanmoins avoir des effets plus importants. Notamment pour les mouvements à haute fréquence. Ce qui est le cas à Fessenheim ».


Fabien Fent
© Dernières Nouvelles d'Alsace - Sam 10 jan. 2004

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